29 novembre – L’État d’Israël intensifie le nettoyage ethnique à Gaza par l’invasion terrestre et les bombardements meurtriers visant des hôpitaux et toute la population civile, avec le soutien complet des impérialistes, y compris du gouvernement français. La société française est profondément polarisée, avec les populations juive et musulmane les plus nombreuses d’Europe, et une classe ouvrière combative et historiquement propalestinienne. Pendant un mois, le gouvernement avait interdit la plupart des manifestations propalestiniennes, et il continue à pratiquement criminaliser toute expression d’antisionisme, qu’il qualifie d’« anti-sémitisme » ; même Jean-Luc Mélenchon est visé.

La réaction est à l’offensive sur toute la ligne. Au début de l’année le gouvernement a fait passer une attaque sauvage contre les retraites, malgré des grèves massives et des manifestants dans la rue par millions. Puis les quartiers se sont soulevés contre la terreur raciste des flics après le meurtre de Nahel Merzouk. Aujourd’hui les travailleurs, les familles issues de l’immigration maghrébine descendent dans la rue par dizaines de milliers pour protester contre le massacre des Palestiniens et le soutien du gouvernement à ce massacre. Toute cette énergie est à chaque fois dépensée sans compter, mais la réaction a jusqu’à présent à chaque fois le dessus et se renforce, avec le RN de Le Pen de plus en plus près d’accéder au gouvernement, au fur et à mesure que LR et les macronistes se rapprochent de lui programmatiquement.

La question centrale, c’est qu’à chaque étape les bureaucrates syndicaux et les mélenchonistes paralysent la lutte en la canalisant dans le cadre du républicanisme bourgeois, menant à de nouvelles défaites. La tâche pour les révolutionnaires est de faire exploser le carcan des bureaucrates et de LFI qui ligotent les travailleurs à cette stratégie perdante. La crise profonde dans laquelle est plongée la gauche sous les coups de boutoir des libéraux prosionistes doit être mise à profit pour faire avancer la lutte pour une nouvelle direction révolutionnaire.

Il faut rompre avec le républicanisme de gauche !

L’invasion israélienne de Gaza, ainsi que la montée des attaques contre les Palestiniens en Cisjordanie, ont déstabilisé tout le Moyen-Orient et au-delà. Cela présente un énorme problème de plus pour l’hégémonie de l’impérialisme américain, qui est déjà défiée de toutes parts. En France, la campagne totalement hystérique du gouvernement et de la droite en soutien à Israël est l’expression de leur défense de l’ordre libéral mondial. Israël, une enclave des impérialistes au Moyen-Orient, est une composante clé de cet ordre libéral. L’impérialisme français en déclin, incapable de jouer le moindre rôle indépendant face aux Américains, s’y accroche désespérément après en avoir profité depuis des décennies. Le soutien sans réserve à Israël des capitalistes français, dont les troupes sont chassées d’un pays africain après l’autre, déchaîne la colère des masses des pays arabes, au point que, mi-novembre, une dizaine d’ambassadeurs français au Moyen-Orient et au Maghreb ont adressé une note au gouvernement pour tirer la sonnette d’alarme. C’est dans ce cadre que Macron (à la traîne de Biden) a récemment changé un peu de ton en critiquant légèrement les gouvernants sionistes et en appelant à un cessez-le-feu.

La fameuse marche gouvernementale « contre l’antisémitisme » du 12 novembre représentait une tentative pour promouvoir l’unité nationale en France en défense de l’ordre libéral chancelant. Et nous avons été témoins ces dernières semaines de la banqueroute totale de la gauche qui s’est pour la plupart prosternée face à cette provocation du gouvernement, de la droite et des sionistes, une réédition du rassemblement explicitement en soutien inconditionnel de l’État d’Israël du 9 octobre. Il n’est guère surprenant que les sociaux-démocrates, ces gens qui se font appeler « socialistes » et « communistes » aient participé aux manifestations prosionistes, y compris le 12 novembre ensemble avec les bureaucrates de la CFDT et de l’UNSA. Et la moitié de la direction de LFI – notamment François Ruffin, Clémentine Autain, Alexis Corbière, Raquel Garrido entre autres – a rejoint, elle aussi, la nouvelle mascarade depuis Strasbourg.

Il ne faut pas être un grand clerc marxiste pour se rendre compte que, pour les prosionistes à la tête du gouvernement, le « combat contre l’anti-sémitisme » signifie le soutien au massacre des Palestiniens ainsi qu’aux attaques contre les musulmans ici et la pérennisation de la « guerre contre le terrorisme », la terreur policière dirigée contre les travailleurs et la minorité d’origine arabe en particulier, la poursuite de la chasse aux sorcières contre les quartiers, soumis à « punition collective » pour s’être révoltés en juin dernier. C’est pourquoi la lutte pour la défense des Palestiniens à Gaza et la lutte pour défendre les minorités ici et centralement les musulmans d’origine arabe et berbère sont inextricablement liées.

Il est évident que les Roussel, les Faure et les bureaucrates syndicaux prosionistes n’ont pas leur place dans le mouvement ouvrier. Les militants du PCF et des syndicats en particulier qui veulent se battre pour la libération palestinienne et combattre les ravages de l’impérialisme français doivent chasser ces traîtres de leurs rangs.

La guerre à Gaza marque un tournant dans la politique intérieure française : le RN lepéniste, héritier direct du pétainisme et de l’antisémitisme bourgeois traditionnel, et en même temps aussi du racisme anti-arabe de l’OAS « Algérie française », a été intronisé officiellement dans l’« arc républicain » par la macronie et tous les participants aux marches du 12 novembre, alors que LFI en a été officiellement exclue (à son corps défendant). Le PS et le PCF, coincés par le cadeau empoisonné que leur faisait ainsi Macron d’isoler leur rival « insoumis », ont scié eux-mêmes la branche sur laquelle ils étaient assis depuis 40 ans. Pendant tout ce temps, ils avaient agité l’épouvantail lepéniste pour induire les gens à voter pour le « moindre mal » disponible, notamment Chirac et Macron, en faisant croire que ce « front républicain » constituait un rempart contre l’extrême droite, le racisme et l’antisémitisme. À chaque étape, ils ont par leurs trahisons et leurs propres mesures racistes démoralisé les travailleurs et contribué à la progression de la réaction et de l’extrême droite dans ce pays.

Quant à Mélenchon, il a protesté contre l’obscénité de la manifestation du 12 novembre, mais c’était pour se revendiquer lui aussi de cet « arc républicain ». Les « valeurs républicaines » sont l’idéologie officielle de l’impérialisme français, c’est-à-dire l’exploitation débridée des travailleurs et des peuples partout où sévit le capital financier des monopoles français, l’oppression des Arabes à Gaza mais aussi dans le 9-3 et les quartiers Nord de Marseille, et l’antisémitisme par-dessus le marché. Et le tout enveloppé dans des envolées lyriques sur « le pays des droits de l’homme », « la laïcité », etc.

Mélenchon cherche à s’ériger en aile gauche du républicanisme en prônant des mesures sociales. Il a par exemple cherché à prendre la tête de la lutte pour les retraites au début de l’année. Mais si la bataille pour les retraites a montré une chose, c’est que l’impérialisme français en déclin doit s’attaquer à tous les acquis de la classe ouvrière. Il ne peut pas y avoir d’amélioration graduelle et constante du niveau de vie des travailleurs dans le cadre du capitalisme. Qu’il s’agisse des besoins des travailleurs et des opprimés en France, ou de stopper le soutien de « nos » impérialistes au nettoyage ethnique sioniste à Gaza, il faut déchaîner le pouvoir de la classe ouvrière comme une force indépendante pour vaincre la bourgeoisie.

Mais c’est cela l’anathème pour les républicains, quelles que soient leurs phrases de gauche. C’est précisément l’adhésion de la gauche aux « valeurs républicaines » qui paralyse la classe ouvrière en l’enchaînant à la bourgeoisie et favorise ainsi la montée de la réaction. En cela les libéraux du PS et du PC à la tête du mouvement ouvrier, mais aussi les « républicains » mélenchonistes, pavent la voie le plus sûrement au populisme raciste d’extrême droite. Il faut briser ce cycle infernal en construisant une opposition communiste à l’extrême droite.

LFI avec un pied dans chaque camp

Jean-Luc Mélenchon se présente en principale figure d’opposition au massacre sioniste et à son soutien par le gouvernement. Pour cette raison, la droite a lancé une campagne diffamatoire en l’accusant d’antisémitisme. Cette campagne vise toute la gauche qui oserait prendre parti pour la cause palestinienne, et c’est pourquoi la gauche doit se mobiliser contre la chasse aux sorcières visant notamment le NPA et les mélenchonistes. Mais, tant par son programme que par sa nature de classe, la France insoumise est totalement hostile à l’action anti-impérialiste indépendante de la part des travailleurs. En effet, tout son programme se base sur la prétention réactionnaire de concilier les intérêts des impérialistes avec ceux des travailleurs et des opprimés (« l’unité du peuple français est en jeu », insistait Mélenchon dans son blog du 15 novembre).

Accusé injustement de se placer en dehors de « l’arc républicain », il ne fait qu’appeler à la non-violence, à un cessez-le-feu, au respect des résolutions de l’ONU et à un retour à « la position historique de la diplomatie française » soi-disant pour « la paix et la sécurité ». De quelle « position historique » parle-t-il ? Du pillage et des massacres coloniaux en Indochine et en Algérie ? Du mandat colonial sanglant sur le Liban et la Syrie ? Pour servir leurs intérêts, les capitalistes français ont joué un rôle central dans tout le chaos sanglant du Moyen-Orient pendant bien plus d’un siècle, où ils commirent massacre sur massacre. Ils ont cherché activement à dresser les différentes communautés de la région les unes contre les autres et ils ont jeté ainsi les bases pour les bains de sang intercommunautaires qui s’y produisent régulièrement. C’était les impérialistes occidentaux, dont l’impérialisme français, qui en 1947 se mirent d’accord (avec la complicité de Staline), pour créer un État juif en Palestine, après avoir permis l’installation de centaines de milliers de colons fuyant le génocide nazi et qui s’étaient vu fermer les portes des pays impérialistes. Ensuite, pendant vingt ans la France a été le principal fournisseur d’armes d’Israël, contribuant y compris de façon décisive à son programme nucléaire. Puis Mitterrand avait aidé à superviser l’expulsion de l’OLP du Liban après l’attaque sioniste de 1982. Toute l’histoire de la France capitaliste, c’est de piller et d’opprimer d’autres peuples.

Mélenchon prône simplement un retour à une époque où la France poursuivait ses propres intérêts d’une façon un peu plus autonome par rapport aux États-Unis. L’impérialisme français, en dépit de son déclin, continue de vouloir jouer un rôle dans la région, et il ne peut en jouer un qu’au détriment des peuples de la région car telle est la nature de l’impérialisme.

Si Mélenchon refuse de qualifier le Hamas de « terroriste », c’est dans le cadre du « droit international ». Il ne veut pas donner carte blanche à l’État d’Israël pour continuer le massacre au nom de la « lutte contre le terrorisme ». Admettons. Mais la seule issue possible dans le cadre de son programme pro-impérialiste, c’est d’appeler à ce que la Cour pénale internationale se saisisse du dossier en présentant des accusations contre le Hamas et le gouvernement israélien pour crimes de guerre. Quoi de plus illusoire que de penser qu’une agence des impérialistes, les principaux ennemis des opprimés au Moyen-Orient et partout dans le monde, pourrait rendre justice contre les sbires des impérialistes eux-mêmes ! Quant au Hamas, ce n’est pas à ces mêmes criminels impérialistes de le juger. Qu’une telle perspective, entièrement dans le cadre des institutions impérialistes, soit stigmatisée en étant qualifiée d’« anti-sémitisme » et même d’« apologie du terrorisme » donne une mesure du climat d’hystérie réactionnaire actuel.

Mais ce n’est pas seulement le gouvernement et la droite qui font un scandale face aux propos lénifiants de Mélenchon. Il est aussi vilipendé quotidiennement sur la question de l’antisémitisme par ses propres partenaires de la NUPES (encore une fois Roussel, Faure, Yannick Jadot des verts), prosternés comme ils le sont devant le gouvernement. Même au sein de LFI, Mélenchon va trop loin pour certains dirigeants comme François Ruffin, Clémentine Autain ou Alexis Corbière, qui ont eux aussi capitulé sur toute la ligne devant l’hystérie prosioniste.

Le massacre sioniste à Gaza semble avoir enfoncé le dernier clou dans le cercueil de la NUPES, qui apparemment n’existe plus sauf sur d’anciennes affiches. Et il est symptomatique que ce soient les éléments les plus droitiers, dirigeants du PS et du PCF, qui ont rompu l’unité. Mais pour les insoumis aussi, dont le seul but est de diriger l’État capitaliste français, préserver une certaine crédibilité aux yeux des capitalistes est mille fois plus important que le sort du peuple palestinien. LFI elle-même est au bord de l’implosion. Voici la contradiction des mélenchonistes : ils prétendent prendre le côté des travailleurs et des opprimés, tout en prônant un illusoire rôle « autonome », « pacifique » et « social » pour l’impérialisme français.

Dans le contexte actuel, essayer de balayer ces contradictions sous le tapis, c’est trahir les aspirations du peuple palestinien à la libération. Mélenchon se veut le champion de la cause palestinienne et du combat antiraciste, et déclare que « les insoumis ne sont pas les supplétifs de l’impérialisme ». Très bien, que les députés mélenchonistes de LFI présentent immédiatement à l’Assemblée un texte interdisant l’envoi d’armes et de composants à Israël et à l’Ukraine, ainsi qu’une loi d’amnistie pour les centaines de jeunes des quartiers qui dépérissent toujours en prison ! Soit ils le font et LFI explose, soit ils ne le font pas et ils révèlent qu’ils sont les supplétifs de l’impérialisme.

Stratégie républicaine contre stratégie prolétarienne

Car les mélenchonistes, ainsi que les bureaucrates CGT, sont l’obstacle central à une perspective ouvrière anti-impérialiste. Que ce soit Sophie Binet, Céline Verzeletti (représentante « syndicale » des matons !), ou le « gauchiste » Olivier Mateu, ils refusent tous de s’engager dans l’action syndicale concrète contre l’impérialisme français. Pourquoi ? Parce que leur point de départ, tout comme celui des mélenchonistes, c’est de soutenir l’impérialisme français et sa compétitivité en prônant une plus grande autonomie « pacifiste » face aux Américains (ils invoquent à ce titre le fantôme de De Gaulle et Chirac). Émettre des manifestes humanitaires, poster sur X, marcher de République à Nation, ça passe. Mais l’idée même que la classe ouvrière pourrait imposer sa volonté aux capitalistes, par contre, c’est tabou pour les bureaucrates autant que pour LFI. C’est pourquoi la lutte pour des actions syndicales anti-impérialistes doit aller de pair avec la lutte pour chasser ces bureaucrates pro-impérialistes.

L’appel minable à la manif pro-palestinienne du 22 octobre, signé par la CGT, LFI, le NPA (Besancenot/Poutou), Solidaires et une panoplie d’ONG suppliait : « Nous demandons d’urgence au président de la République de cesser son soutien inconditionnel à la politique israélienne. La France devrait porter la voix de la paix. » Semaine après semaine, les mélenchonistes et les bureaucrates appellent à manifester pour maintenir la pression sur le gouvernement sur cette base.

On ne peut pas se battre contre l’impérialisme en acceptant le cadre du système impérialiste lui-même. Ceux qui veulent se battre pour la Palestine doivent abandonner toute illusion dans les gouvernements impérialistes « démocratiques », l’ONU – ce nid de brigands impérialistes – et les autres institutions de la « communauté internationale » comme la Cour pénale internationale, à laquelle appelle Mélenchon pour mettre sur un pied d’égalité le Hamas et Nétanyahou. Tout cessez-le-feu concocté par les impérialistes et leurs agences ne serait qu’une brève pause dans le massacre ; tout accord de paix parrainé par ces bandits n’aura pour conséquence que la perpétuation de l’oppression des Palestiniens. Ce n’est pas en suppliant Macron et les siens de changer de cap qu’on va aider les masses palestiniennes. Ce qu’il faut, ce sont des actions ouvrières contre l’impérialisme ! Une solution juste et durable au Moyen-Orient a nécessairement pour prémisse fondamentale de chasser les impérialistes.

Le mouvement ouvrier est la seule force capable de vaincre la politique meurtrière des impérialistes et de prendre des vraies mesures pour stopper le massacre en cours. Sans doute, les syndicats doivent agir concrètement pour arrêter les envois d’armes à Israël. Tout le monde dans la gauche est d’accord là-dessus, et pourtant rien ne se passe car même si de nos jours la France ne compte pas pour grand-chose en ce qui concerne l’approvisionnement militaire aux sionistes, c’est une ligne rouge pour l’impérialisme français, que les bureaucrates n’osent pas franchir. Mais pour frapper les impérialistes là où ça fait le plus mal, il faut arrêter l’envoi d’armes à l’Ukraine aussi ! Cela va directement à l’encontre du programme de la CGT et de LFI qui, dans cette guerre réactionnaire des deux côtés, soutiennent les efforts de l’OTAN et de l’UE pour maintenir l’Ukraine asservie, face aux oligarques russes qui veulent l’asservir eux-mêmes. (Pour un exposé complet de notre ligne là-dessus, voir Spartacist édition en français n° 45, novembre 2022.)

Les syndicats doivent exiger le retrait de toutes les troupes françaises du Moyen-Orient, y compris des 650 « casques bleus » français à la frontière Sud du Liban qui surveillent le Hezbollah ; Mélenchon au contraire soutient ouvertement la présence de ces troupes impérialistes pour « peser » dans la région (blog du 15 novembre). Il faut stopper le déploiement de navires français et de troupes françaises sous couvert « humanitaire ».

Une contre-offensive de la classe ouvrière pour renverser la vapeur après la défaite des retraites et pour défendre les jeunes des quartiers, voilà ce que le mouvement ouvrier français peut faire de mieux pour affaiblir l’impérialisme français et donc venir en aide aux Palestiniens opprimés. Pendant que les bureaucrates et Mélenchon s’occupent de rédiger des déclarations appelant à la pax imperialis, le gouvernement s’empresse de durcir l’oppression des minorités ici, à commencer par les musulmans de France. Ainsi, Elisabeth Borne a annoncé fin octobre tout un paquet de mesures répressives contre de futures révoltes dans les quartiers, y compris l’augmentation des pouvoirs de la police municipale, des amendes accrues et la responsabilité financière des parents pour tout dégât occasionné. Les bureaucrates tout comme LFI se sont refusés à faire quoi que ce soit en défense des jeunes des quartiers parce que se confronter aux flics, dégrader ou violer la propriété privée, c’est briser le tabou de l’ordre républicain.

Quelques jours après, le Sénat a adopté la « loi immigration » soutenue par le gouvernement et la droite tout entière, un texte absolument raciste qui assouplit les conditions pour la déportation, durcit celles du regroupement familial, élimine l’Aide médicale d’État, etc. Et encore une fois, ni LFI ni CGT ne feront rien de concret contre cette loi parce que l’unification de la classe ouvrière dans la lutte pour ses propres intérêts représenterait une menace pour l’ordre républicain.

Une grève solide au port de Marseille, à CDG, chez Thales, Dassault Aviation ou Fret SNCF contre la « loi immigration », contre la répression dans les quartiers et contre le soutien au nettoyage ethnique par « nos » impérialistes – voilà qui aiderait la Palestine, les travailleurs et les minorités ici mille fois plus qu’un million de déclarations « humanitaires » et républicaines. On voit comment à chaque étape le programme des bureaucrates et des mélenchonistes représente l’obstacle pour faire avancer en quoi que ce soit les intérêts des travailleurs.

Construisons un pôle anti-impérialiste !

Les révolutionnaires et les militants pour la libération palestinienne doivent rejeter cette idéologie républicaine chauvine qui les ligote à l’ennemi de classe ; voilà ce que cela signifie de lutter pour construire un pôle anti-impérialiste contre les dirigeants en place. Aucune unité avec ceux qui soutiennent l’impérialisme ! Il faut rompre la chaîne syphilitique qui relie les travailleurs aux assassins du peuple palestinien à travers Macron, Roussel et Mélenchon.

C’est la capitulation devant les sionistes et les impérialistes par les sociaux-démocrates, les bureaucrates et les mélenchonistes qui divise la classe ouvrière. Il en va de même avec les militants de gauche qui soutiennent les bouchers du Hamas qui s’attaquent aux civils juifs, avec les organisations de la gauche qui refusent de reconnaître le droit des Juifs israéliens à vivre en tant que nation. La défense de ce droit est la seule manière de faire exploser la forteresse sioniste de l’intérieur. Il n’y aura pas de paix juste tant que les Palestiniens resteront opprimés. Et ils continueront à l’être tant que l’État sioniste existera. La clé, c’est d’enfoncer un coin entre le peuple israélien et l’État théocratique. L’alliance de la classe ouvrière juive israélienne avec le peuple palestinien contre l’impérialisme et ses sbires sionistes – c’est cette issue révolutionnaire seule qui peut conduire à une paix durable.

Il va sans dire que l’antisémitisme a une longue histoire dans ce pays, et il est bien présent aujourd’hui, à commencer par les élites hypocrites qui nous gouvernent. Mais il est indéniable que les préjugés antijuifs sont répandus aussi parmi la minorité musulmane. Pour les combattre, la clé est de se battre d’ores et déjà pour une direction révolutionnaire du mouvement ouvrier qui cherche à unifier tous les travailleurs contre l’ennemi commun : les impérialistes français.

C’est pour ces positions que les socialistes doivent lutter au sein du mouvement ouvrier et du mouvement pour la libération de la Palestine. Si l’intervention des socialistes en ce moment crucial ne cherche pas à rendre révolutionnaires le mouvement syndical et le mouvement propalestinien, à combattre les dirigeants pro-impérialistes et républicains de ces mouvements et à les remplacer par des marxistes, alors ce ne sont pas des socialistes !

Les abstractions sectaires de LO

Pendant qu’Israël rasait déjà Gaza, LO s’est présentée à la manif propalestinienne du 22 octobre avec une grande banderole : « Contre l’impérialisme et ses manœuvres, contre Netanyahou et le Hamas, prolétaires de France, de Palestine, d’Israël… unissons-nous ! »

Ils pensent indubitablement qu’ils sont à gauche des divers NPA et de Révolution permanente, car ils n’ont pas capitulé devant les réactionnaires du Hamas. Au lieu de signer des appels à l’intervention impérialiste comme le NPA, LO axe sa propagande contre l’impérialisme. Ils insistent très fortement, et à juste titre, que l’impérialisme est le principal responsable des maux qui s’abattent sur les peuples du Moyen-Orient (encore que LO vise surtout l’impérialisme britannique historiquement et l’impérialisme américain aujourd’hui, et non « son propre » impérialisme français). Mais alors comment chasser l’impérialisme de la région ? Voici tout ce qu’ils ont à proposer :

« Plus que jamais, la seule voie pour les peuples est de se donner les moyens d’en finir avec la domination impérialiste, avec les régimes qui en sont les vecteurs, avec les frontières qui les divisent. La seule force pouvant accomplir cette tâche est le prolétariat, s’il passe outre à ses divisions nationales. Le seul moyen d’en finir avec les guerres permanentes et le sous-développement chronique est la révolution prolétarienne, pour aboutir à une fédération socialiste des peuples du Moyen-Orient et du monde. »

– Lutte de classe, novembre 2023

Oui, lorsque le socialisme aura été établi, le lait et le miel couleront en Terre promise, et dans le reste du monde aussi. C’est très bien de prôner la révolution prolétarienne. Mais, pour les révolutionnaires, toute la question est de savoir comment frayer la voie à la révolution, comment faciliter aux masses l’approche vers la révolution. Maintenant, justement, il n’y a pas de révolution victorieuse ; au contraire, c’est la réaction qui triomphe. La tâche est de trouver le pont permettant de passer de la réaction à la révolution.

La voie pour y parvenir, c’est de faire de la lutte pour l’émancipation nationale palestinienne, c’est-à-dire de la lutte anti-impérialiste et contre l’État sioniste, le levier pour la révolution sociale. Mais LO est incapable de le faire car elle considère que ce serait capituler devant le nationalisme ; elle en vient de ce fait à renvoyer dos à dos, comme le roi Salomon, tous « les nationalismes bourgeois » de la région, en dépit de toutes ses analyses sur l’oppression des Palestiniens. En refusant de mettre au centre de la stratégie prolétarienne la lutte pour l’émancipation nationale palestinienne, LO représente en fait un obstacle à la seule manière d’ouvrir la voie à la révolution socialiste dans la région. Pour LO il faudrait juste attendre la Révolution, comme les Juifs attendent le Messie. Et pour cette même raison LO est incapable de poser la moindre tâche concrète aux travailleurs ici en France. LO a beau écrire sur l’impérialisme de façon abstraite, cela n’a rien à voir avec sa pratique au sein des syndicats, où elle garde le silence sur la politique social-impérialiste des dirigeants.

Le sectarisme de LO fait d’elle une cible facile pour un groupe comme Révolution permanente, qui insiste sur la centralité de la lutte pour la libération palestinienne pour toute stratégie révolutionnaire dans la région. En effet, le noyau de la révolution permanente trotskyste n’est pas d’opposer la lutte pour la libération nationale et la lutte pour le socialisme, mais de les fusionner. C’est précisément parce que les nationalistes palestiniens – que ce soit le Hamas islamiste ou les laïcs du Fatah – sont incapables de mettre en œuvre une telle perspective, à laquelle ils sont totalement opposés, que seule une direction communiste peut dans ces pays résoudre le problème national de façon juste et démocratique.

RP refuse de rompre l’unité avec les sociaux-impérialistes

Et c’est précisément cette question clé, la nécessité d’une direction révolutionnaire tant de la lutte pour la libération nationale en Palestine que du mouvement ouvrier et du mouvement propalestinien en France, que Révolution permanente rejette. RP appelle correctement à la solidarité active « sur le terrain de la lutte des classes » (édito, 24 octobre) et critique « la réaction plus que timorée des directions syndicales, et notamment de la CGT ». Ils appellent à « une stratégie ouvrière et révolutionnaire pour la libération nationale de la Palestine » (11 octobre). RP commence maintenant à faire quelques critiques des mélenchonistes sur le Moyen-Orient, et polémique aussi de façon généralement correcte contre les abstractions sectaires de LO. Néanmoins, ce n’est pas sur la base de ces positions sur internet que RP se bat au sein des syndicats et lors des manifs. RP ne cherche pas à surmonter les obstacles à la lutte anti-impérialiste prolétarienne, pour une rupture avec les bureaucrates et les mélenchonistes pro-impérialistes, alors que c’est par là qu’il faut commencer si on veut pousser à des actions anti-impérialistes.

Autant que nous le sachions, RP a refusé de signer les différents appels sociaux-impérialistes aux manifs propalestiniennes. Mais ils se félicitent tout de même que la signature par la CGT de l’appel piteux à la manif propalestinienne du 22 octobre « a constitué une avancée indéniable », et ils se lamentent seulement que « la présence de la CGT a été réduite au strict minimum ». Refusant de signaler le principal obstacle à toute perspective anti-impérialiste dans les syndicats – c’est-à-dire les dirigeants pro-impérialistes –, RP exhorte Sophie Binet et compagnie : « plus que jamais, la direction de la CGT doit rompre avec le “dialogue social”, construire la riposte contre Macron, et faire de la Palestine un enjeu plus général de notre classe ». Aucune politique ouvrière indépendante ne viendra des bureaucrates pour qui le pouvoir des capitalistes est une loi de la nature au même titre que les lois du mouvement de Newton. De donner à entendre l’opposé, c’est dissimuler leur rôle en tant qu’agents du capital au sein du mouvement ouvrier et renforcer leur contrôle des organisations ouvrières. Ce n’est pas en les exhortant à agir, mais seulement en luttant pour construire des pôles anti-impérialistes dans les syndicats dans la perspective de remplacer les bureaucrates qu’il sera possible même de faire pression sur eux.

RP applique la même méthode par rapport au Hamas en tant que direction actuelle. RP a certes multiplié les critiques envers le Hamas, après avoir eu une « réaction plus que timorée » face aux actions criminelles des islamistes (voir notre déclaration du 10 octobre en page 16, qui polémique contre Left Voice, les camarades américains de RP, qui ont eu la même ligne). Mais le contenu de notre polémique il y a bientôt deux mois reste complètement vrai ici : rien de ce que RP et ses camarades écrivent ne cherche à briser l’emprise des nationalistes ou des islamistes sur la lutte pour la libération palestinienne. Ainsi, ils déclarent tout à fait correctement que la stratégie du Hamas « est incapable de permettre la conquête d’une réelle autodétermination palestinienne ». Mais ils en concluent néanmoins : « Qu’on le veuille ou non, le Hamas n’est pas Daesh et il s’agit, sur le plan militaire, de la principale organisation de la résistance nationale palestinienne à l’État d’Israël et à son tuteur étatsunien » (polémique contre LO et NPA-C, 30 octobre).

Que le Hamas est aujourd’hui à la tête de la résistance palestinienne est un simple constat. Mais alors quelle est la tâche des révolutionnaires ? RP peut faire de belles déclarations sur internet mais aucun des mots d’ordre ou des discours de RP dans les manifs propalestiniennes n’a pour but de montrer aux militants que le Hamas fait obstacle à la lutte pour la libération nationale des peuples du Moyen-Orient. Le peuple palestinien a, sans aucun doute, le droit à la lutte armée. Mais une telle lutte, pour qu’elle conduise effectivement à la libération palestinienne, requiert une direction révolutionnaire, trotskyste, capable de la combiner avec la lutte de classe au sein même de l’État sioniste et des pays impérialistes qui le soutiennent. Ne pas poser cela comme la tâche centrale revient à s’adapter aux directions réactionnaires actuelles.

C’est sur la question de la direction que les lignes de LO et de RP convergent, en dépit de leurs divergences sur la centralité de la lutte pour la libération nationale : tandis que RP s’accommode aux directions en place, le sectarisme de LO cède le terrain tant aux bureaucrates et aux mélenchonistes en France qu’au Hamas en Palestine. Au bout du compte, le résultat est le même. RP fait à la fois des critiques envers les pseudo-trotskystes « pablistes » des années 1950-1970 et envers LO, tout en refusant la leçon centrale de la lutte contre les « pablistes » au sein du mouvement trotskyste : la nécessité d’une direction communiste du combat anti-impérialiste !