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République ouvrière nº 1

Automne/hiver 2017-2018

QS et GND : charlatans populistes

Pour un parti ouvrier révolutionnaire !

Après avoir annoncé en grande pompe son entrée à Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois s’est rapidement hissé comme co-porte-parole du parti populiste de gauche, qui talonne maintenant le PQ dans les sondages. Depuis son stage comme leader étudiant dans la grève de 2012, GND est non seulement devenu l’épouvantail « doctrinaire radical » des chroniqueurs de droite, mais surtout la coqueluche de l’intelligentsia « éclairée » et des groupes réformistes qui sont actifs dans QS, dont Alternative socialiste et La Riposte socialiste (voir article en page 6). D’entrée de jeu, GND a clairement établi son objectif : entamer « la marche vers le gouvernement » et devenir premier ministre du Québec (lapresse.ca, 18 juin).

GND dénonce les « partis traditionnels » et affirme vouloir « sortir la classe politique actuelle ». QS propose quelques réformes supportables comme la gratuité scolaire ou le salaire minimum à 15 $. Mais les prétentions progressistes de GND et de QS ne servent qu’à masquer leur programme fondamentalement procapitaliste.

Le programme de QS propose de « revaloriser le rôle de l’État comme acteur de transformations sociales ». En cela, il exploite les illusions vastement répandues depuis la Révolution tranquille sur la nature de l’État capitaliste québécois. Mais celui-ci demeure l’État des patrons et est d’abord et avant tout l’instrument de répression de la classe des capitalistes contre la classe des travailleurs. C’est bien lui qui a réprimé les nombreuses grèves militantes du prolétariat québécois au fil des ans par des décrets et des lois spéciales ! Élus à la tête de cet État, GND et les solidaires n’aboutiraient eux aussi qu’à administrer le système d’exploitation capitaliste.

L’État capitaliste est constitué à sa base de la police, des tribunaux, des prisons et (pour les États souverains) de l’armée permanente, dont la tâche est de maintenir en place le système d’exploitation capitaliste par la violence organisée. Mais GND ne cache pas son soutien aux hommes et femmes en armes de l’État bourgeois. Malgré la répression féroce dont les étudiants, et lui-même, avaient été victimes en 2012, GND a signé une « Lettre d’un étudiant aux policiers qui manifestent » (lapresse.ca, 20 juin 2014), dans laquelle il déclarait sa « solidarité » aux flics en négociation collective. Dans cette lettre, GND présentait la police comme des « travailleurs » parmi d’autres et prenait leur défense. Mais les flics ne font pas partie de la classe ouvrière et leurs pseudo-syndicats n’ont pas leur place dans le mouvement ouvrier !

GND et QS cherchent à couvrir leur programme bourgeois en se gargarisant du concept de la « démocratie », qu’ils veulent « participative », « élargie » et, n’ayons pas peur des mots, « inclusive ». Mais, sous le capitalisme, la démocratie, même avec des adjectifs, n’est qu’une façade derrière laquelle se cache la dictature de la bourgeoisie, c’est-à-dire des quelques familles qui contrôlent les banques et les grandes entreprises. Comme l’écrivait le dirigeant de la Révolution russe Lénine dans l’État et la révolution (1917) au sujet de la démocratie et du parlementarisme :

« Décider périodiquement, pour un certain nombre d’années, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, écrasera le peuple au Parlement, telle est l’essence véritable du parlementarisme bourgeois. »

Un cabinet GND ne changerait rien à la misère et à l’exploitation inhérente au capitalisme. Seule la classe ouvrière a l’intérêt historique et la puissance sociale de renverser le capitalisme en établissant son propre pouvoir, la dictature du prolétariat, gérée par la démocratie ouvrière, comme première étape vers une société communiste sans division de classe. Pour ce faire, il faut forger un parti révolutionnaire d’avant-garde.

QS et Syriza, même combat

C’est sûrement l’expérience de la prise du pouvoir en 2015 par Syriza en Grèce qui montre le mieux à quel point QS — qui se voit comme son pendant québécois — représente un cul-de-sac pour la classe ouvrière et les opprimés. Syriza promettait de mettre un terme à l’austérité de l’Union européenne (UE) qui saigne le peuple grec. GND s’était alors enthousiasmé de ce qu’il décrivait comme « une première défaite démocratique pour la technocratie financière et politique dominée par Berlin » (ricochet.media, 26 janvier 2015).

Quelques mois après être arrivé au pouvoir, Syriza est devenu le fidèle larbin des impérialistes de l’UE dominée par l’Allemagne. Contre la volonté claire des Grecs exprimée lors du référendum de juillet 2015 sur le plan d’austérité de l’UE, Syriza a néanmoins imposé les diktats brutaux de ce conglomérat réactionnaire. Aux antipodes de nombreux groupes de gauche, nos camarades du Groupe trotskyste de Grèce (TOE) n’ont donné aucune forme d’appui à Syriza. En vue du référendum, le TOE avait fait campagne contre le renflouement des banques et l’austérité, disant que la victoire du « non » « aidera à rassembler les travailleurs, en Grèce et ailleurs en Europe, contre les capitalistes de l’UE et leurs banques qui saignent les peuples à blanc ».

Aujourd’hui, Syriza est toujours à la tête du capitalisme grec et organise le pillage du pays et la destruction du niveau de vie des masses pour le compte des puissances impérialistes de l’UE. Voilà le résultat de ce que GND et la gauche célébraient comme une victoire pour les « progressistes ». L’exemple de Syriza démontre clairement que la « gauche » au pouvoir sous le capitalisme n’est pas « moins pire » ou un « pas en avant » pour les opprimés, mais plutôt un visage différent de la domination brutale du capital.

GND et QS, apôtres de l’écologisme réactionnaire

L’un des fers de lance du programme de GND et de QS est l’écologisme. Ils s’opposent au développement des industries « pollueuses » et demandent par exemple un arrêt à la construction des barrages hydroélectriques sur la rivière Romaine (si QS prétendait défendre les travailleurs de la construction en grève en mai dernier, cela semble donc exclure les centaines d’ouvriers qui s’affairent à construire les barrages de La Romaine !) S’il est certain que les compagnies exploitant les ressources (y compris Hydro-Québec) le font par soif de profit, il n’en reste pas moins que l’exploitation de ces énergies est essentielle au fonctionnement de la société.

Derrière l’opposition des écologistes à l’exploitation et à l’utilisation des ressources se cache une hostilité réactionnaire au développement général de l’industrie et des forces productives. Les solidaires veulent légiférer contre la « surproduction » et la « surconsommation ». Cela revient à dire aux familles ouvrières qu’il faut vivre avec moins. Les marxistes militent au contraire pour une société qui donnera davantage aux masses paupérisées et exploitées, et qui, à terme, pourra éliminer complètement la pénurie matérielle.

Ceci ne viendra pas d’une diminution de la production industrielle, mais bien d’une augmentation importante de celle-ci. La prise du pouvoir par la classe ouvrière libérera des forces productives inimaginables, qui sont aujourd’hui paralysées par le mode de production capitaliste. Sous le socialisme, l’économie sera centralisée et planifiée, mettant fin au gaspillage inhérent au système du « libre marché » capitaliste anarchique et permettant de faire face aux défis des changements climatiques.

QS recycle… le péquisme

QS et GND disent vouloir faire l’indépendance du Québec. Fort bien. Mais le programme des solidaires sur la question nationale demeure dans le cadre du nationalisme bourgeois : ils utilisent la fleur de lys comme emblème, parlent de « nos » ressources naturelles, du « peuple Québécois » comme un tout sans jamais souligner la distinction de classe qui existe dans cette société. Leur vision de l’indépendance se limite en fait à peu près aux mêmes objectifs que se donnait le PQ à ses débuts : la souveraineté accompagnée d’un « projet de société » au verbiage vaguement progressiste.

En fait, GND est tout à fait conscient de sa généalogie politique. Dans son livre Tenir tête (2013), il présente l’élection du PQ en 1976 comme résultat désirable des luttes sociales. Faisant une analogie entre la grève étudiante de 2012 et la grève générale ouvrière de 1972, à la suite de laquelle le gouvernement libéral de Robert Bourassa avait été réélu, il écrit :

« On peut imaginer la déception de ceux qui espéraient un changement de gouvernement. À plus forte raison lorsqu’on sait que la mobilisation de 1972 avait été précédée de l’ébullition d’octobre 1970. Mais l’histoire n’avait pas dit son dernier mot : trois ans après la victoire éclatante de Bourassa, le jeune PQ de René Lévesque était porté au pouvoir. Il aura donc fallu plusieurs années pour que la mobilisation populaire des mouvements sociaux se traduise par un renouveau électoral. »

Quelques paragraphes plus loin, il ajoute : « Il faudra encore quelques années pour que ce qui a commencé au printemps 2012 aboutisse à quelque chose. »

En d’autres termes, GND cherche lui aussi à canaliser les luttes sociales vers le parlementarisme bourgeois. Il veut aboutir à « quelque chose » comme le « renouveau électoral » du PQ de 1976. Un gouvernement QS serait donc en effet similaire au régime Lévesque, qui s’est entre autres sauvagement attaqué aux syndicats du secteur public avec les décrets de 1982-1983.

QS est une organisation nationaliste petite-bourgeoise qui fait appel aux intérêts égoïstes des petits patrons, agriculteurs et autres. En 2016, Andrés Fontecilla, alors co-porte-parole, déclarait lors d’un passage en Mauricie : « Ce sont les PME qui donnent la plus grande partie des emplois et qui, conséquemment, doivent être à la base d’une vision d’une politique économique. » QS dénonce aussi l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Europe, non pas en défense des travailleurs qui sont toujours les vraies victimes de tels accords, mais en se plaignant que les PME québécoises subiraient une concurrence déloyale de la part des « multinationales ».

La défense des petits parasites capitalistes « de chez nous » contre les gros monopoles, thème éculé du populisme bourgeois, revient directement à endosser le mode capitaliste d’exploitation des travailleurs, cherchant simplement à le ramener dans un cadre plus étroit et provincialiste. (Qui plus est, les travailleurs ont souvent de pires conditions de travail dans les petites entreprises, plus difficiles à syndiquer.)

L’idéologie nationaliste enchaîne aussi la classe ouvrière à sa « propre » bourgeoisie et enflamme les divisions ethniques qui minent l’unité des travailleurs. À cet égard aussi, QS embrasse les aspects du nationalisme bourgeois réactionnaire du PQ. Malgré ses prétentions à vouloir un Québec « inclusif », il adhère aux valeurs identitaires antimusulmanes. En 2013, en réponse à la « Charte des valeurs » du gouvernement Marois, QS a joint sa voix au chœur raciste en proposant sa propre mal nommée « Charte de la laïcité » qui maintenait la privation de services publics pour les femmes portant le niqab. Le député solidaire Amir Khadir avait aussi appuyé une motion réclamant l’interdiction du vote à visage couvert déposée par le PQ. Bien que le voile soit un symbole et un instrument de l’oppression des femmes, les interdits étatiques contre de tels symboles religieux ne servent qu’à isoler encore davantage les femmes musulmanes et à enflammer les attaques racistes, comme le meurtre de six musulmans par un fasciste à Québec en janvier 2017 (voir la Déclaration de la Ligue trotskyste publiée dans le Bolchévik no 219, mars 2017).

L’indépendance en soi serait une bonne chose pour briser l’oppression directe du gouvernement fédéral sur le Québec, mais ce n’est que sous la direction de la classe ouvrière que la véritable libération nationale pourra se réaliser. Ultimement, la libération pleine et entière du peuple québécois ne s’effectuera que lorsque l’ordre impérialiste sera renversé par une série de révolutions, en particulier dans l’Amérique du Nord anglophone.

Pour un parti ouvrier de type bolchévique !

QS n’est pas un « moindre mal » par rapport aux libéraux, à la CAQ ou au PQ, mais une nouvelle mouture du populisme bourgeois. Les groupes de gauche réformistes qui l’appuient en utilisant un verbiage « marxiste » trahissent les intérêts des travailleurs et constituent en fait des obstacles à la construction d’un parti ouvrier guidé par un programme marxiste véritable.

La société ne sera libérée de l’oppression capitaliste que lorsque la classe ouvrière détruira l’État capitaliste et établira son propre État, dont le modèle est la république soviétique sous Lénine et Trotsky. La révolution d’Octobre 1917 représente la plus grande victoire à ce jour pour tout le prolétariat mondial, malgré la dégénérescence qui se produisit sous Staline. La chute de l’URSS en 1991-92 fut une défaite énorme pour la classe ouvrière internationale.

L’outil essentiel de la Révolution russe fut le Parti bolchévique, dont l’intervention fut le facteur clé de la victoire d’Octobre 1917. Nous luttons aujourd’hui pour construire un parti du même type et pour de nouvelles révolutions d’Octobre ici et partout dans le monde. Rejoignez-nous !

 

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