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Le Bolchévik nº 219

Mars 2017

Etats-Unis : Milo Yiannopoulos, provocateur d’extrême droite, vise les campus

Milo Yiannopoulos adore montrer à tout le monde qu’il est un porc. C’est un des principaux porte-parole de la réaction anti-immigrés et anti-musulmans qui qualifie le mouvement Black Lives Matter d’« organisation terroriste » et déclare que les personnes transgenre sont des « malades mentaux ». Il a lancé sur Twitter une meute de trolls racistes contre l’humoriste noire Leslie Jones (de l’émission Saturday Night Live) ; il explique que les femmes aiment se faire harceler sexuellement et il estime que l’avortement est « une des grandes horreurs de la civilisation ». Il a lancé dernièrement une campagne nationale sur les campus, qu’il appelle sa tournée de la « péd... dangereuse », pour inciter à la haine et multiplier les provocations contre tous ceux qu’il considère comme un affront à la « culture occidentale ».

Présenté comme « un croisé pour une juste cause qui s’oppose à la tyrannie culturelle de la gauche », Yiannopoulos vise, avec les associations étudiantes réactionnaires qui le soutiennent, à attiser une atmosphère d’intimidation et de conformisme idéologique sur les campus. Avec son style flamboyant, Yiannopoulos, qui revendique son homosexualité, est mis en avant comme le visage « branché » de la « droite alternative » qui rassemble des forces allant des idéologues racistes aux fascistes purs et durs. Il a des liens avec des personnalités influentes jusqu’à l’intérieur de la Maison Blanche, et notamment avec le principal conseiller de Trump, Steve Bannon, ancien responsable du site internet Breitbart News et propagandiste venimeux du « nationalisme blanc ». Il n’est donc pas surprenant que ses apparitions publiques attirent d’authentiques fascistes.

Beaucoup de ses alliés reprochent à Yiannopoulos ses déclarations favorables aux rapports homosexuels mutuellement consentis entre des adolescents et des hommes plus âgés – c’est à peu près la seule chose non critiquable qu’il ait dite. La « Conférence d’action politique conservatrice » a annulé la tournée de meetings qu’elle avait organisée pour lui et il a démissionné de son poste de membre du comité de rédaction de Breitbart News. En tant que marxistes, nous sommes contre les lois sur la « majorité sexuelle », qui confèrent à l’Etat capitaliste l’autorité pour déterminer à quel âge les jeunes peuvent avoir des rapports sexuels ; le seul principe directeur devrait être le consentement mutuel effectif. Cela montre combien la sexualité intergénérationelle est un sujet explosif pour les forces de la réaction : certains ont rompu sur cette question avec Yiannopoulos, qui par ailleurs sert leurs intérêts en diffusant leur programme raciste et en vilipendant les manifestants sur les campus dans tout le pays.

A l’extérieur du meeting de Yiannopoulos à l’Université de Washington le 20 janvier dernier, un manifestant antiraciste a été grièvement blessé d’une balle dans l’estomac tirée par un partisan de Trump. Les flics ont laissé le tireur repartir libre, prétendant qu’il avait agi en état de légitime défense. La semaine précédente, Yiannopoulos devait prendre la parole à l’Université de Californie à Davis aux côtés de son « frère Pharma » Martin Shkreli. Ancien PDG d’une société pharmaceutique, Shkreli est connu pour avoir fait passer de 13 à 750 dollars le prix d’un médicament essentiel pour les malades du sida et du cancer. Le meeting à Davis a été annulé par l’association du Parti républicain sur le campus, qui prétendait que les manifestants mettaient en danger la vie des flics mobilisés pour le protéger.

Le 1er février, Yiannopoulos devait prendre la parole à l’Université de Californie à Berkeley pour lancer une campagne contre les étudiants immigrés « clandestins » ; il réclame la suppression des financements fédéraux pour les « campus sanctuaires » [pour les sans-papiers] et des poursuites judiciaires contre les responsables universitaires concernés. Son partenaire dans cette chasse aux sorcières est le « Freedom Center » de David Horowitz. Horowitz est un idéologue raciste et un sioniste fanatique avec un long passé de provocations allant d’appels à une purge des enseignants de gauche à des campagnes de calomnies grotesques contre les étudiants pro-Palestiniens.

Plus de 2 000 personnes se sont rassemblées pour protester contre la venue de Yiannopoulos à Berkeley, et finalement la tenue de ce meeting a été empêchée par des manifestants du « Black Bloc ». Il faut absolument protester contre la venue de Yiannopoulos, le dénoncer et lui apporter la contradiction ; c’est défendre le droit d’expression chaque jour un peu plus menacé de tous ceux qui sont visés par ce provocateur et sa bande d’inquisiteurs de campus.

Mais ceux qui ont empêché la tenue de ce meeting, à coups de feux de joie et de vitres brisées, sont tombés tout droit dans le piège tendu par Yiannopoulos : c’est lui qui a pu jouer à la victime de la « liberté d’expression » bafouée. Se présentant comme victime du « totalitarisme » de la gauche, Yiannopoulos a déclaré que « la gauche est absolument terrifiée par la liberté d’expression et fera tout pour la supprimer ». Sur Twitter, Trump s’est fait menaçant : « Si l’UC Berkeley n’autorise pas la liberté d’expression et pratique la violence contre des gens innocents qui ont un point de vue différent : PAS DE FINANCEMENTS FEDERAUX ? » Les médias, rejoints pour l’occasion (et ce n’était pas une première) par l’International Socialist Organization (ISO) elle-même, se sont déchaînés contre la « violence » des anarchistes du Black Bloc. L’ISO a publié sur son site internet Socialist Worker (8 février) un texte d’un de ses militants disant que « ce petit groupe d’aventuristes a tout fait pour provoquer une attaque de la part de la police, je n’avais jamais vu ça » ; il a loué la « remarquable retenue » dont ont fait preuve les flics !

En fait, les flics avaient commencé par tirer des grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc contre les manifestants. Ils travaillent maintenant avec le FBI sur une enquête en forme de chasse aux sorcières sur cette manifestation. Donc au lieu d’une victoire contre les forces de la réaction et les forces de répression, l’action pour faire taire cette ordure a eu pour résultat de les renforcer. Mais même si l’action menée par les anarchistes était stupide et contre-productive, nous défendons le Black Bloc et les autres manifestants anti-Yiannopoulos qui se sont fait prendre au piège dans la chasse à l’homme du FBI et des flics.

Liberté d’expression, idéologues racistes et terreur fasciste

Pendant les semaines précédant cette manifestation, plusieurs universitaires avaient écrit au président de l’Université de Berkeley, Nicholas Dirks, pour lui demander d’annuler le meeting de Yiannopoulos ; ils disaient que ce meeting « violerait le code de conduite permettant que le campus demeure un endroit préservé de tout harcèlement ». Quiconque a jamais mis les pieds sur un campus américain ces dernières décennies sait qu’ils sont tout sauf des oasis « préservées de tout harcèlement », et encore moins des sanctuaires de la gauche radicale, sans même parler de marxisme. Les programmes de discrimination positive sont passés à la trappe et les droits d’inscription ont flambé, chassant des campus les Noirs, les Latino-Américains et les étudiants issus de milieux ouvriers ou pauvres ; les universités sont en conséquence de plus en plus des « endroits préservés » pour les éléments réactionnaires et rétrogrades qui pensent pouvoir agir en toute impunité.

La gauche et la soi-disant extrême gauche en appellent aux administrations universitaires pour faire respecter des « codes d’expression » restrictifs et mettre en place des programmes de « sensibilisation » censés combattre le racisme, le sexisme et l’homophobie. Des mots d’ordre comme « Les discours de haine ne sont pas la liberté d’expression », qu’on a entendu lors de la manifestation de Berkeley, reviennent à plaider auprès de la bourgeoisie et ses représentants sur les campus pour qu’ils réglementent ce qu’on a le droit de dire. En fait, des sionistes ont invoqué à plusieurs reprises de prétendus « discours de haine » pour essayer de faire interdire des organisations étudiantes qui défendent le peuple palestinien, en assimilant de façon grotesque toute critique d’Israël à de l’« antisémitisme ». Réglementer le droit d’expression ne peut que renforcer les forces répressives, comme les flics en tenue anti-émeutes à Berlekey, qui peuvent être et qui seront utilisées contre les militants de gauche, les Noirs et les immigrés. Les appels à restreindre le droit d’expression permettent aussi à des Yiannopoulos ou Horowitz de se présenter comme des défenseurs de la « liberté d’expression ».

Des groupes comme le Revolutionary Communist Party ou les anarchistes argumentent que Trump, Yiannopoulos et Horowitz sont des fascistes. Cette caractérisation ne peut que désarmer les militants face aux véritables nazis et autres terroristes racistes qui se sont sentis encouragés par la victoire de Trump. Le fascisme n’est pas une question de discours. Les fascistes sont des bandes paramilitaires organisées pour l’action, dont l’objectif est l’anéantissement du mouvement ouvrier et le génocide racial. Et en Amérique, cela signifie qu’ils ont les Noirs dans le collimateur. Le fascisme américain natif, le Ku Klux Klan, est né de la réaction sanglante apparue dans le Sud après la défaite des esclavagistes lors de la Guerre civile [« guerre de Sécession »]. Tout comme le Klan, la vermine fasciste qui grouille aujourd’hui dans la « droite alternative » représente une menace pour le droit même à l’existence des Noirs. Il faut écraser les fascistes dans l’œuf en mobilisant la puissance de la classe ouvrière multiraciale pour les anéantir – c’est pour la classe ouvrière un acte élémentaire d’autodéfense et de défense de tous les opprimés.

Yiannopoulos, Horowitz et leurs semblables ne sont pas des fascistes. Ce sont des provocateurs et des idéologues réactionnaires. Les saletés qu’ils vomissent puisent dans la réalité de la domination de classe en Amérique, qui s’enracine dans l’oppression raciale brutale des Noirs, dans le racisme anti-immigrés et le sexisme. Contrairement à ce que voudraient faire croire les manifestations anti-Trump pour « battre la droite », qui comptent sur les démocrates pour nous sauver la mise, les démocrates sont tout autant des défenseurs de cet ordre capitaliste que les républicains.

Ceux qui veulent voir le vrai visage du fascisme n’ont qu’à regarder l’agression meurtrière perpétrée en juin 2016 à Sacramento contre des manifestants antifascistes par le Traditionalist Workers Party et les Golden Gate Skinheads, qui sont pour la « suprématie de la race blanche ». Portant des T-shirts avec une croix gammée et faisant le salut hitlérien, ces terroristes racistes étaient venus armés, déterminés selon leurs propres termes à « se battre jusqu’à la mort ». Huit manifestants antifascistes ont été blessés à l’arme blanche et plusieurs d’entre eux ont dû être hospitalisés. Le Progressive Labor Party, qui quelques mois auparavant avait été confronté à des nervis du Ku Klux Klan armés de couteaux à Anaheim (Californie), rapporte que ses militants s’étaient rendus à la manifestation de Sacramento équipés de longues perches pour repousser avec succès les fascistes. Bien vu. Mais le résultat final de cette manifestation n’a malheureusement pas été globalement une victoire. Par la suite, les nervis fascistes se sont vantés d’avoir eu le dessus en blessant grièvement plusieurs manifestants.

Parmi ceux qui ont exprimé leur solidarité avec ces nazis figure Richard Spencer, führer fasciste en costume trois pièces. Spencer est le chef d’une organisation portant le nom anodin de National Policy Institute, dont l’objectif proclamé est la création d’un « ethno-Etat » blanc en Amérique du Nord. Lors d’un meeting appelé pour fêter l’élection de Trump à l’Immeuble Ronald Reagan de Washington en novembre dernier, Spencer et ses acolytes ont été filmés en train de faire le salut nazi pendant qu’il déclarait : « Vive Trump ! Vive notre peuple ! Vive la victoire ! » Un peu plus tard, les nazis du site internet Daily Stormer ont menacé de défiler dans les rues de la petite ville de Whitefish (Montana) pendant la journée Martin Luther King, armés de « fusils de gros calibre ». Rendus furieux par un communiqué du conseil municipal de Whitefish dénonçant Spencer (qui habite une partie de l’année dans cette ville), les nazis s’en sont pris particulièrement aux habitants juifs.

Parmi les cibles désignées du Daily Stormer figure précisément Milo Yiannopoulos, qui pour ces fascistes représente « la plus grande menace pour notre mouvement en ce moment ». Accusant Yiannopoulos de « détourner notre nom, nos symboles, et de les retourner contre nous pour servir des objectifs néoconservateurs-juifs et conservateurs », ils ont lancé cette menace : « Les vrais nazis vont s’inviter à tous ses shows et le confronter. » Ces nervis fascistes connaissent la différence qu’il y a entre leur programme de terreur raciste meurtrière et une ordure réactionnaire qui se régale de provocations racistes. Et tous ceux qui veulent stopper la véritable vermine fasciste qui grouille autour de l’administration Trump ont aussi intérêt à la connaître.

Il faut écraser les terroristes racistes en mobilisant la puissance sociale de la classe ouvrière, entraînant derrière elle tous les adversaires et toutes les victimes désignées des fascistes. Nous sommes fiers d’avoir par le passé été à l’initiative et à la tête de mobilisations de front unique multiraciales victorieuses, basées sur la puissance des syndicats, qui ont stoppé net le Klan et les nazis dans des villes comme Boston, Washington, San Francisco, Philadelphie et d’autres encore.

Quant à Yiannopoulos et à ses semblables, notre objectif en tant que communistes n’est pas de faire interdire leurs meetings ou de les empêcher, mais de protester contre leur idéologie réactionnaire et de la dénoncer. Au début des années 2000, quand David Horowitz lança son « Freedom Tour » maccarthyste pour colporter le mensonge éhonté que l’esclavage avait été bon pour les Noirs, les Spartacus Youth Clubs [groupes de jeunesse de la Spartacist League/U.S.] organisèrent des mobilisations de front unique pour dénoncer cet idéologue raciste, notamment à l’Université de Californie à Los Angeles et Berkeley, et à l’Université de Chicago.

L’oppression des Noirs est le socle du capitalisme américain, et le racisme anti-Noirs est la pierre de touche de toutes les formes de réaction sociale. Nos actions de protestation contre Horowitz visaient à gagner une nouvelle génération de jeunes à la conception que, dans ce pays, la lutte pour la libération des Noirs est un aspect crucial de la libération de la classe ouvrière et de tous les opprimés du joug de la domination capitaliste.

Nous luttons pour forger un parti ouvrier révolutionnaire qui soit le tribun du peuple, combattant toute manifestation de tyrannie et d’oppression sous cet ordre capitaliste décadent. C’est en rejoignant le combat pour construire ce parti que les étudiants radicalisés, les jeunes travailleurs et les autres trouveront leur place dans la lutte pour une véritable égalité et une véritable liberté humaine dans une Amérique socialiste.

Traduit de Workers Vanguard n° 1106, 24 février

 

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