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Le Bolchévik nº 215

Mars 2016

Mesures d’Etat policier, bombardements en Syrie

« Guerre contre le terrorisme » : prétexte pour terreur raciste et attaques anti-ouvrières

Nous reproduisons ci-après le rapport, revu pour publication, de notre camarade Robert Carlyle lors d’un meeting de la LTF à l’université de Nanterre le 3 février dernier.

* * *

Je ne doute pas que vous tous présents aujourd’hui avez été choqués par les actes terroristes criminels qui ont coûté la vie à 130 personnes dans les rues de Paris il y a trois mois. Vous avez probablement lu la déclaration que la LTF avait publiée au lendemain de l’attaque, que nous avions condamnée dans les termes les plus catégoriques. Si vous ne l’avez pas lue elle est disponible ici sur notre table de presse.

Mais dans cette déclaration nous avions aussi prévenu que le gouvernement capitaliste de Valls-Hollande se servirait des attaques du 13 novembre pour ses propres objectifs répressifs et réactionnaires, dans l’intérêt de la bourgeoisie impérialiste française au service de laquelle il est. Il a immédiatement saisi l’occasion que représentait pour lui la révulsion provoquée par ces crimes pour promouvoir l’unité nationale et le chauvinisme, et pour annoncer une batterie inédite de mesures répressives. Pour la première fois depuis la guerre d’Algérie, l’état d’urgence a été déclaré pour une durée de trois mois sur l’ensemble du pays. Et maintenant, comme vous le savez sans doute, le gouvernement vient d’annoncer la prolongation de l’état d’urgence pour encore trois mois – le temps pour ces mesures d’exception d’être inscrites dans la loi ordinaire.

Et la répression et la réaction raciste contre les musulmans ici vont de pair avec l’envoi par Hollande du porte-avions français, le Charles-de-Gaulle, pour se joindre à l’armée américaine au Proche-Orient et y faire pleuvoir la mort et la dévastation sur les peuples de Syrie et d’Irak. J’y reviendrai tout à l’heure.

Mais d’abord je voudrais parler de la dernière offensive dans le cadre de la guerre que livre la bourgeoisie ici à la classe ouvrière. Le fait que le gouvernement ait utilisé l’état d’urgence pour emprisonner à domicile des militants écologistes à la veille de la dernière « conférence sur le climat » montre combien la « guerre contre le terrorisme » est en réalité un prétexte pour un renforcement sans précédent de l’Etat policier contre n’importe qui.

Le résultat de la politique gouvernementale antimusulmans s’est manifesté aussi électoralement par les scores du FN aux dernières élections et par la multiplication des agressions racistes dans tout le pays. La ville de Calais, où le FN a frôlé la majorité au deuxième tour des régionales, est devenue un abcès de fixation pour des mobilisations de plus en plus sinistres et violentes de nervis fascistes contre les réfugiés. Le fascisme ce n’est pas simplement des idées, c’est un programme de terreur dans la rue ; mais le but fondamental du fascisme n’est pas seulement de terroriser des minorités sexuelles, raciales ou ethniques, il est d’écraser complètement par la violence le mouvement ouvrier organisé.

Et c’est pour cela que la bourgeoisie garde les fascistes à disposition en cas de danger sérieux pour l’ordre capitaliste, même si aujourd’hui elle les tient en laisse. Une direction révolutionnaire de la classe ouvrière lutterait pour mobiliser en masse le prolétariat, et derrière lui l’ensemble des opprimés, pour stopper la racaille fasciste dans la rue avant qu’elle ne se renforce et s’enhardisse encore plus.

Censure anticommuniste et culte pour Charlie Hebdo

Nous ne cessons de répéter que les attaques anti-ouvrières et racistes du gouvernement pavent la voie à la réaction et aux fascistes. Le glissement à droite dans la société dont certains parlent en ce moment s’exprime par une agressivité anticommuniste accrue contre nous, y compris même de la part de l’« extrême gauche » – dont le programme est en réalité au mieux social-démocrate. Depuis maintenant plusieurs semaines nos camarades à Rouen ont dû repousser à plusieurs reprises des provocations de la part d’une poignée de réactionnaires anticommunistes.

Sur la fac de Nanterre nous nous sommes de même fait harceler la semaine dernière par un anarchiste qui voulait censurer nos mots d’ordre contre l’impérialisme concernant le Proche-Orient ; cela vient de se reproduire tout à l’heure avec des militants du NPA dans le rôle d’apprentis petits soldats du général Hollande, bavant de bellicisme anticommuniste contre le même panneau et contre l’Etat ouvrier déformé nord-coréen [voir notre article en dernière page au sujet du Japon et des menaces impérialistes contre la Chine et la Corée du Nord].

Tous ces petits vigiles et nervis en herbe qui veulent censurer la politique communiste sur les facs ont en commun sans doute avec Manuel Valls d’avoir vociféré pour la liberté d’expression absolue de Charlie Hebdo il y a un an. Bien entendu les journalistes de Charlie Hebdo ne méritaient ni la mort ni même la censure, et nous avons énergiquement condamné leur lâche assassinat et défendu le droit au blasphème, mais il n’empêche que ce journal nous inspire du dégoût depuis longtemps pour ses provocations anti-femmes et antimusulmans.

Aujourd’hui le « gouvernement Charlie » de Valls-Hollande déchaîne la censure tous azimuts y compris contre des films n’ayant rien de l’apologie du salafisme, ni encore moins du djihadisme, comme Salafistes ou Made in France ; il y a aussi le cas d’un professeur à la fac d’Avignon poursuivi en justice pour provocation à la haine raciale parce qu’il avait ironisé sur les « blancos » chéris… de Valls. Le délire policier et judiciaire obsessionnel du gouvernement reflète en partie l’irrationalité profonde d’une classe capitaliste en état de pourrissement avancé.

Nos camarades à Rouen ont sorti un tract contre la censure anticommuniste sur la fac, que nous avons ici à votre disposition [voir page 22]. Ils écrivent qu’ « il est dans l’intérêt de tous les étudiants, syndicats de profs et de personnels BIATSS, militants de gauche sur la fac, de se mobiliser pour stopper ces tentatives d’intimidation et de censure, car si aujourd’hui c’est nous, il est évident qu’ils seront les prochains sur la liste. Une attaque contre un est une attaque contre tous ! » Et à Nanterre aussi un grand nombre d’étudiants pourraient se retrouver la cible de la réaction et des fascistes, soit parce qu’ils sont de gauche, soit parce qu’on ne veut que du « blanco » par ici, comme dirait Valls.

A bas les attaques anti-ouvrières du gouvernement !

Nous disons dans notre journal que la « guerre contre le terrorisme » vise la classe ouvrière. Cela découle de la position même de la classe ouvrière dans la production capitaliste. Non seulement elle produit machines et biens de consommation, elle produit surtout, par son travail, des profits pour les capitalistes ; car c’est pour le profit que fonctionne l’économie capitaliste, pas pour la satisfaction des besoins des ouvriers, ni des besoins de l’humanité en général. C’est pour cela que la classe ouvrière est la seule couche de la société qui a un profond intérêt objectif et également la puissance sociale pour renverser tout ce système capitaliste par une révolution socialiste.

Contre ce danger, la bourgeoisie dispose d’un appareil de répression qui s’appelle l’Etat avec ses flics, ses juges et ses matons, pour maintenir la classe ouvrière à sa place. L’Etat, ce sont au fond des bandes d’hommes qui ont le monopole des armes et sont là pour maintenir la division en place entre les classes sociales – en l’occurrence avec la bourgeoisie possédant en privé les moyens de production où travaillent les ouvriers comme esclaves salariés.

L’objectif de la « guerre contre le terrorisme » c’est précisément de renforcer l’appareil répressif de l’Etat contre la seule force sociale qui à terme menace la domination de la classe capitaliste, la classe ouvrière. Les mesures de surveillance généralisée prévues par la nouvelle loi antiterroriste permettront aux flics d’épier qui ils veulent jusque dans sa chambre à coucher, d’enregistrer ses conversations téléphoniques et de lui prendre son ordinateur en toute légalité, sans même s’embêter à demander l’autorisation d’un juge.

La « guerre contre le terrorisme » vise de façon très directe la classe ouvrière en ciblant une de ses composantes stratégiques, les ouvriers considérés comme potentiellement musulmans du fait de leurs origines ethniques ou de la couleur de leur peau.

Par exemple l’aéroport de Roissy a la plus grande concentration d’ouvriers de tout le pays. Il y a des travailleurs des deux sexes et de toutes origines qui travaillent ensemble. Nous avions dit que le chauvinisme antimusulmans attisé après les attentats du 13 novembre allait être utilisé pour essayer de diviser les travailleurs de l’aéroport avec des accusations de sympathie pour le terrorisme contre les travailleurs musulmans, dans l’espoir de réduire au silence les travailleurs qui pourraient être tentés de prendre leur défense.

Depuis le 13 novembre plus de 70 travailleurs se sont vu retirer leur badge d’accès à cause de « soupçons » qu’ils pourraient sympathiser avec le fondamentalisme islamique, ce qui a conduit à la perte de leur emploi (en dépit du fait que les milliers de perquisitions à domicile pratiquées en vertu de l’état d’urgence, y compris des perquisitions touchant 4 000 casiers personnels à l’aéroport même, ont fait chou blanc).

Evidemment tout cela se produit dans le contexte d’une vendetta de la direction d’Air France contre les travailleurs qui avaient osé exprimer leur colère en octobre à l’annonce de 2 900 licenciements dans les mois à venir. Nous disons que le mouvement ouvrier doit combattre de telles attaques racistes scandaleuses contre les collègues ! Réintégration immédiate des Cinq d’Air France et de tous les travailleurs qui se sont vu retirer leur badge ! Bas les pattes devant tous les travailleurs de l’aéroport !

Derrière la chasse aux sorcières contre les musulmans, ce sont les syndicats eux-mêmes qui sont visés. En janvier le gouvernement s’en est pris de façon directe à toute action ouvrière en faisant condamner huit syndicalistes de chez Goodyear à neuf mois de prison ferme parce qu’ils s’étaient opposés à la fermeture de leur usine. D’après la CGT, c’est la première fois depuis cinquante ans que des syndicalistes sont menacés ainsi de prison ferme pour une action syndicale. Il ne faut pas laisser cela se produire.

Dans la foulée le gouvernement annonce une nouvelle loi qui est une véritable machine de guerre contre les syndicats. Il s’agit de permettre aux capitalistes d’imposer des « accords » revenant y compris sur le temps de travail et les salaires en provoquant des « référendums » dans un climat de peur, même lorsque s’opposent à ces accords des syndicats représentant jusqu’à 70 % du personnel dans les élections professionnelles. Ce sont des choses que même Sarkozy ne pensait pas pouvoir imposer quand il était à l’Elysée ! Non ! Ce qu’il faut, c’est une résistance ouvrière contre le gouvernement, son état d’urgence et toutes les attaques qu’il fait pleuvoir.

Maintenant Hollande a directement repris une mesure longtemps exigée par le seul FN avant d’être reprise par la droite dure de Sarkozy : la déchéance de nationalité pour tout délit (pas nécessairement un crime) mettant en péril les « intérêts fondamentaux de la nation », comme par exemple sans doute brûler un drapeau français, arracher la chemise d’un cadre d’Air France, et pourquoi pas manifester contre un allié stratégique de l’impérialisme français comme l’Etat sioniste d’Israël ou un quelconque satrape françafricain. Cette mesure vise fondamentalement la population originaire des anciennes colonies du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest, qui est au cœur de la classe ouvrière multiraciale du pays.

Cette mesure est tellement scandaleuse que même la ministre des juges et matons, Christiane Taubira, vient de démissionner. Taubira a beau avoir été victime de trois ans et demi d’insultes racistes de la part de la droite et du FN, et avoir défendu le droit au mariage homosexuel, elle a en fait fidèlement appliqué la politique sécuritaire du gouvernement, battant régulièrement les records d’emprisonnement atteints sous Sarkozy, et elle a défendu toute une série de mesures liberticides – y compris l’état d’urgence.

La trahison des bureaucrates syndicaux et des dirigeants ouvriers

Face à ce tir de barrage du gouvernement contre le mouvement ouvrier et les opprimés, quelle a été la réponse des dirigeants syndicaux et des chefs des partis politiques qui prétendent se revendiquer du mouvement ouvrier ? Les chefs de la CGT avaient menacé que ce serait « Spartacus », avec grève immédiate et totale partout à Air France, si la compagnie osait procéder au licenciement des travailleurs poursuivis dans le cadre de l’affaire des chemises. On peut toujours attendre venant des bureaucrates. Ils ont même fait le service après-vente de la propagande de la direction d’Air France sur un soi-disant plan de relance de l’activité, la CGT annulant son appel à la grève de 24 heures le 28 janvier.

Au niveau des partis ouvriers, le principal demeure le Parti communiste, et vous avez tous certainement rencontré déjà des militants de son groupe de jeunesse, la Jeunesse communiste (JC), qui est actif sur la fac de Nanterre. Encore récemment ils distribuaient un tract appelant à s’opposer aux mesures sécuritaires du gouvernement.

Mais que font en fait ces gens-là ? Eh bien si on commence avec les députés du PCF, ils ont unanimement voté pour l’état d’urgence le 19 novembre ! Ils ont quelques sénateurs qui se sont abstenus le lendemain, mais pas un seul de ces braves militants de la classe ouvrière n’a eu le courage de s’opposer à cette spectaculaire attaque contre les droits démocratiques les plus élémentaires ! Cela rappelle directement le vote du PCF pour les pouvoirs spéciaux pendant la guerre d’Algérie, en mars 1956.

En janvier ils justifiaient encore leur vote en disant que « des mesures spécifiques ont été nécessaires au lendemain direct des attentats ». Au temps pour leurs états d’âme aujourd’hui sur l’état d’urgence ! Hollande n’a pas de quoi se faire du mouron avec une opposition pareille – d’ailleurs le PCF et le NPA avaient voté pour lui il y a quatre ans, et en décembre encore le PCF a fait liste commune au deuxième tour avec le PS de Valls-Hollande pour le deuxième tour des élections régionales en Ile-de-France et dans d’autres régions.

Maintenant le NPA et LO se lamentent sur les mesures liberticides. Mais où étaient ces groupes quand la grosse mécanique de la « guerre contre le terrorisme » a été lancée après les attentats contre les fanatiques antimusulmans de Charlie Hebdo ? (Car ce n’est pas l’horrible assassinat de Juifs dans l’Hypercacher qui allait provoquer une telle indignation et un tel sursaut d’« unité nationale » !) Ils étaient Charlie comme le reste de la gauche, la droite et le FN.

Il y a douze ans, quand ça a vraiment commencé après le 11-Septembre au World Trade Center, LO était à la pointe de la campagne contre les musulmans avec le rôle qu’ils ont joué dans l’exclusion raciste de jeunes femmes voilées des écoles publiques au nom de la « laïcité ». La laïcité c’était historiquement dans ce pays la lutte pour la séparation de l’Eglise catholique et de l’Etat ; le catholicisme était (et reste) la religion de la classe dominante, mais maintenant la « laïcité » est un mot de code pour la campagne contre les musulmans, la principale religion minoritaire, celle des opprimés surtout.

Ce que toutes ces organisations ont en commun, c’est dans le meilleur des cas la perspective d’utiliser l’Etat bourgeois dans l’intérêt de la classe ouvrière et des opprimés. Mais l’histoire a amplement montré, et notamment par l’expérience de la Commune de Paris en 1871, que c’est là une dangereuse illusion. L’Etat bourgeois a pour composante centrale l’armée bourgeoise, avec le corps des officiers ; il ne peut servir que la bourgeoisie, et la classe ouvrière doit le détruire par une révolution socialiste ! Pourtant la soi-disant extrême gauche, y compris Lutte ouvrière qui est présente aussi sur cette fac, se tourne vers l’Etat bourgeois pour demander la justice sociale pour tous.

A bas l’Union européenne et l’euro !

Ces organisations demandent depuis des années, sous une forme plus ou moins explicite, une « Europe sociale », comme si les Etats capitalistes européens et l’Union européenne pouvaient apporter la justice sociale à tous. Le NPA a ainsi collé partout sur le campus des slogans revendiquant que la France et l’Union européenne « ouvrent les frontières » pour laisser entrer en Europe les réfugiés qui fuient les ravages causés par les impérialistes dans leur pays. Et LO fait la même demande y compris encore dans son journal de la semaine dernière. C’est une revendication utopique et réactionnaire : elle sert seulement à semer des illusions dans un soi-disant humanitarisme des impérialistes. Notre programme sur cette question, ce sont les pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui ont réussi à mettre les pieds ici, de Vintimille à Nanterre et Calais !

Les structures politiques et financières de l’UE – y compris l’euro – ont servi entre autres à dévaster ces dernières années la Grèce, l’un des Etats-membres ; ce seul exemple devrait suffire à éliminer toute illusion à ce sujet. Nous disons : A bas l’Union européenne et l’euro ! Pour des Etats-Unis socialistes d’Europe !

Impérialisme français, hors du Proche-Orient et hors d’Afrique !

La question des réfugiés syriens m’amène à celle de l’intensification de l’intervention impérialiste française au Proche-Orient. L’horreur qui frappe les populations de la région est le résultat direct de l’asservissement impérialiste depuis cent ans : cette année c’est le centième anniversaire de l’infâme traité de Sykes-Picot, par lequel les impérialismes français et britannique s’étaient mis d’accord secrètement pour se partager le Proche-Orient à la fin de la Première Guerre mondiale, avec le démantèlement de l’Empire ottoman. Cet accord avait dessiné des frontières artificielles qui continuent de balafrer la région. Peuples, tribus, ethnies et groupes religieux y ont été divisés ou au contraire unifiés arbitrairement pour favoriser la discorde – et le maintien de la domination impérialiste. Je vous suggère d’étudier le rôle criminel joué par l’impérialisme français dans l’histoire de cette partie du monde, que nous avons relatée dans le Bolchévik (« L’histoire sanglante du mandat colonial français au Levant », n° 206, décembre 2013).

La guerre civile sanglante qui déchire la Syrie et l’Irak est un sous-produit des machinations impérialistes dans la région. Pour notre part nous n’avons aucun côté dans la guerre civile réactionnaire que se livrent le régime bourgeois dictatorial de Bachar al-Assad et les rebelles, qui sont pour l’essentiel des islamistes ; nous condamnons les crimes intercommunautaires commis par toutes les parties, y compris le nettoyage ethnique de zones historiquement arabes sunnites par les forces kurdes.

Par contre, nous avons un côté contre l’impérialisme. Vous aurez remarqué que le titre du meeting d’aujourd’hui indique : Troupes françaises hors du Proche-Orient et hors d’Afrique ! Contrairement aux réformistes du PCF et de la JC, nous disons la vérité : l’impérialisme français ne joue pas et n’a jamais joué le moindre rôle progressiste où que ce soit dans le monde. L’« unité nationale » représente une trahison de la lutte contre l’impérialisme à l’étranger et une trahison de la classe ouvrière ici. C’est pour cette raison que nous appelons au retrait inconditionnel des forces impérialistes françaises au Proche-Orient, en Afrique et partout ailleurs !

Bon, vous pourrez penser que c’est une revendication élémentaire pour tout parti se déclarant anti-impérialiste, et plus encore trotskyste. Mais cela fait maintenant un certain nombre d’années que le NPA d’Olivier Besancenot soutient sélectivement l’intervention de son propre impérialisme en divers endroits du monde – et parfois il appelle ouvertement à une telle intervention. Ainsi le NPA a appelé le gouvernement français à envoyer des armes à ceux qui en Syrie s’opposent au président Assad, des forces dominées par des réactionnaires islamistes sanguinaires, type al-Qaida.

Le plus souvent le NPA joue d’hypocrisie en déclarant bien fort qu’il est contre l’envoi de troupes françaises, mais en soutenant pendant ce temps de soi-disant progressistes autochtones qui servent en réalité de troupes terrestres aux impérialistes. C’était par exemple le cas des rebelles de Benghazi en Libye, que Sarkozy avait utilisés pour liquider le régime de Kadhafi, son allié de la veille.

La Ligue communiste internationale se bat pour gagner de jeunes militants à l’idée que l’impérialisme n’est pas une mauvaise politique que l’on pourrait changer en changeant de gouvernement. C’est le système économique du capitalisme lui-même dans sa dernière phase, quand il a déjà commencé à pourrir sur pied. C’est pourquoi on ne peut en finir avec l’impérialisme qu’en renversant l’ordre capitaliste-impérialiste par une révolution ouvrière, tout particulièrement dans un pays impérialiste comme la France.

Dans ce cadre, tout revers militaire des impérialistes français, ou que ce soit dans le monde, est bon à prendre pour les opprimés du monde et la classe ouvrière de France. C’est pourquoi vous pouvez lire dans notre déclaration de novembre dernier que « tout coup porté aux forces des armées impérialistes au Proche-Orient et à leurs supplétifs là-bas, même par des forces aussi répugnantes que l’Etat islamique, servirait donc les intérêts de la classe ouvrière internationale ». C’est ce que cela veut dire quand nous déclarons que nous sommes du côté militaire de l’Etat islamique (EI) quand celui-ci porte ses coups contre les impérialistes et leurs supplétifs locaux, sans bien sûr donner le moindre soutien politique à ces répugnants fanatiques réactionnaires, dont nous condamnons par ailleurs les horribles crimes là-bas et ici – comme ceux du 13 novembre !

A gauche certains militants ont un peu de mal à avaler le soutien de leur organisation à leur propre bourgeoisie, y compris à l’intérieur du NPA qui est en proie à des divisions fractionnelles chroniques. Mais ce qu’ils supportent encore moins c’est la ligne marxiste de la LTF. Et les militants anticommunistes du NPA qui nous attaquent physiquement pour cette ligne anti-impérialiste montrent par là qu’ils ne sont que des valets de Hollande et de sa sanglante politique proche-orientale.

Voyez par exemple une tendance qui joue un rôle important dans la jeunesse du NPA, la « tendance CLAIRE ». Elle n’a aucun état d’âme à soutenir les objectifs militaires de sa propre bourgeoisie, elle demande simplement que le travail contre Assad soit fait indirectement et via des forces moins répugnantes que l’Etat islamique. Elle a ainsi apporté son soutien à la campagne militaire impérialiste de livraison d’armes et d’aide aux forces kurdes dans le Nord de la Syrie contre les réactionnaires islamistes de l’EI.

Même si les forces kurdes ne sont pas impérialistes en elles-mêmes, cela ne change rien au fait qu’en se faisant les troupes terrestres du commandement militaire américain, et sous la direction de celui-ci, elles se sont subordonnées aux desseins réactionnaires plus larges de leurs maîtres impérialistes dans la région. Nous exigeons le retrait de toutes les forces impérialistes du Proche-Orient : américaines, françaises, britanniques, et plus récemment allemandes ; nous exigeons le retrait de Syrie également des puissances régionales impliquées, comme la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Iran et la Russie.

Pour une république socialiste d’un Kurdistan unifié !

Je voudrais faire une petite digression ici sur les Kurdes. C’est un peuple qui a sa propre histoire et sa propre culture, y compris au niveau linguistique. Ses droits nationaux les plus élémentaires lui sont niés. Sa terre est divisée entre quatre pays capitalistes : Irak, Iran, Syrie et Turquie.

En Turquie notamment, les Kurdes subissent une répression impitoyable ; c’est pratiquement la guerre civile dans les régions kurdes aujourd’hui. Les analogies ont bien sûr leurs limites mais, de même que c’est un test crucial pour les révolutionnaires en France de s’opposer à toutes les manifestations de chauvinisme antimusulmans et de racisme contre les descendants des esclaves coloniaux de la France en Afrique, de même c’est une tâche essentielle pour des révolutionnaires turcs de prendre sans ambiguïté position en défense du peuple kurde contre toutes les formes de chauvinisme visant les Kurdes en Turquie, et de défendre leur droit à l’autodétermination.

Nous sommes pour une république socialiste d’un Kurdistan unifié, ce qui exige le renversement par des révolutions ouvrières de plusieurs Etats capitalistes, la lutte pour une fédération socialiste du Proche-Orient et l’extension de la révolution aux centres impérialistes. Et cela exige une lutte sans concession contre le nationalisme kurde, y compris sous sa forme la plus « de gauche » que représentent actuellement le PKK et ses alliés syriens du PYD. L’histoire du nationalisme kurde est une tragique succession de tentatives semblables à celle du PYD aujourd’hui de faire avancer la cause kurde en cherchant à s’attirer les bonnes grâces des impérialistes ; ce sont toujours les masses kurdes qui ont payé le prix sanglant de ces trahisons de leurs dirigeants.

Pour une société communiste d’abondance matérielle !

Au fond tous nos opposants ont une vision du monde qui accepte le cadre du capitalisme pour l’éternité ; leur perspective se limite à espérer ralentir un peu la vitesse avec laquelle les opprimés sombrent dans une misère toujours plus noire. Les apôtres de la « décroissance », de leur côté, demandent explicitement aux masses de se serrer davantage la ceinture dans un monde de pénurie ; il faut être vraiment cruel pour trouver que les gamins des pauvres mangent trop de bifteck ou qu’ils prennent trop la voiture ou l’avion pour partir en vacances. Nous voulons au contraire une société communiste mondiale d’abondance pour tous ; d’ores et déjà l’avancement actuel de la technique, et ses perspectives de développement, permettent d’entrevoir les possibilités qui pourraient s’ouvrir à l’humanité. La première étape dans cette voie, ce sont des révolutions ouvrières pour renverser la dictature du capital et reconstruire la société sur une base collectivisée et internationale.

La question qui se pose en France aujourd’hui, c’est qu’il faut un parti d’un genre nouveau, un parti ouvrier révolutionnaire trempé dans les leçons de la révolution bolchévique de 1917 en Russie, et suivant le modèle du parti dirigé par Lénine et Trotsky qui avait mené la révolution à la victoire. Un tel parti doit nécessairement faire partie d’une internationale léniniste-trotskyste. Le point de départ, c’est que seule la mobilisation de masse peut permettre à la classe ouvrière de se battre pour défendre ses propres intérêts et ceux de tous les opprimés.

Un tel parti se construira au travers d’une lutte acharnée contre tous les dirigeants traîtres actuels du mouvement ouvrier. Il se basera sur l’idée que les intérêts des ouvriers et des opprimés sont totalement opposés à ceux des exploiteurs capitalistes et qu’il faut s’opposer à toute forme de collaboration entre la classe ouvrière et des représentants de la classe capitaliste. Les besoins des travailleurs et de tous ceux qui sont opprimés par le système capitaliste ne peuvent être satisfaits qu’avec le renversement de ce système par une révolution socialiste. Ce sera le premier pas vers l’élimination de la pauvreté, de l’oppression raciale et de l’inégalité, dans un ordre socialiste mondial. C’est cela notre perspective.

 

Le Bolchévik nº 215

Le Bolchévik nº 215

Mars 2016

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